On ira tous au ParfaitMonde, on ira 
UBER EATS (et tous les autres)
 
Esclavage moderne ? Nouvelle forme de travail à la liberté douteuse, qui lèse toujours les mêmes ?
C’est surtout un nouveau pas vers le ParfaitMonde.

Document d'origine inconnue

Pour comprendre pourquoi, le mieux est de commencer par sa mise en scène publicitaire sortie tout droit de l’esprit immoral de diplômés d’écoles de marketing. C’est là que se trouve exprimés tout un tas de fantasmes qu’il est préférable de regarder plutôt que de vivre (pour moi en tout cas), la quintessence de ce que les nouveaux diables ont en tête lorsqu’ils écrasent sans vergogne les limites de l’économie équitable, sociale et solidaire. Dans mes souvenirs, parce qu’il m’est impossible d’aller chercher délibérément à revoir cette pub, dans une rue parisienne propre et verdoyante, un jeune cadre dynamique vient de finir son jogging sans sueur ni imperfection. Il regarde sa montre, il est affamé et fatigué par sa course. Mais que va-t-il faire ?? Sans aucun contact humain, il fait défiler une longue liste de photos de plats alléchants affichés sur son smartphone (waterproof, ah non c’est vrai, il ne transpire pas). Il passe commande et après une ellipse temporelle à peine suggérée, un gentil cycliste presque autant musclé que lui, le livre chez lui et en main propre son plat encore tout chaud du four.

 

Qu’y-a-t-il de parfait là-dedans ? Mais tout ! 

  1. Considérations matérielles.

 

On ne se salit pas les mains : oui, elle était facile celle-là.

Pas de déplacement.

Pas d’effort d’adaptation à fournir : pas de décryptage de la carte du restaurant, pas d’adaptation à la manière de fonctionner de l’établissement, pas de socialisation avec le/la serveur(se), on appuie sur des photos et on les reçoit en vrai comme par magie.

Satisfaction plus ou moins immédiate, sinon la plateforme garantit la résolution du litige à l’amiable.

Pas de vaisselle. 

2. Considérations spirituelles. 

La perfection ne laisse place à aucune improvisation, doute ou incertitude. Le ParfaitMonde veut vous enlever tout souci d’idée de repas, de recherche et d’achats d’ingrédients, d’aménagement de temps pour cuisiner, et de toute la socialisation parfois plaisante, parfois pénible, qui en découle. L’immédiateté, pas seulement temporelle mais aussi spatiale, devient alors notre pire ennemie, dès qu’on y a goûté, elle est difficile à omettre à l’avenir, tel un point de non-retour. Mais la perfection n’est pas qu’une histoire de confort et d’exigence envers le monde, mais une exigence qui se redirige envers nous-mêmes. La frontière entre moi et l’autre (ou l’inconnu) est alors réglementée : la note sur 5 étoiles. Elle rassure, sécurise notre rapport à l’autre mais en même temps, nous plonge dans une grande précarité, une seule mauvaise note peut fortement nous sanctionner et se révéler fatale. La note est incontestable, indiscutable. Elle fait taire toute explication potentielle, toute discussion. En cela, elle est parfaite dans un système parfait qui exclut de manière automatique et sans appel, l’imparfait. 

 

3. On ira tous au ParfaitMonde… Oui mais ce n’est qu’une promesse publicitaire comme beaucoup d’autres.

 

Le ParfaitMonde en vérité n’est pas pour tout le monde sinon cela s’appellerait une dictature. Non, le ParfaitMonde de Ubereats et tous les autres est exclusif, réservé à une élite qui se résumerait à un portrait photoshopé de la société. Dans celui-ci, faire du sport en salle pour dépenser ses calories est bien plus logique que de les dépenser en faisant soi-même les tâches ménagères, par exemple la cuisine, mais ces activités sont sûrement jugées insuffisamment narcissiques pour pouvoir entrer dans le cadre qu’on nous colle à la gueule à longueur de temps. 

 

À l’heure où je vous parle, la publicité s’efface à mesure que les habitudes se sont installées. Dans les villes, les cyclistes aux gros sacs à dos font partie du paysage comme des manifestations du ParfaitMonde qu’on ne remarque plus

 

Mais parfait pour qui exactement ?

 

 

 

 

Combattez le ParfaitMonde avec Lachaon dans le tome 1 des Chroniques du ParfaitMonde ! 
Couverture Lachaon_janvier 2019.jpg

© 2018 by Ines A.

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