Méfiez-vous du ton enfantin que la perfection peut prendre

Mis à jour : 8 nov. 2019


Écrire, décrire, dénoncer la perfection, concept absolu que l'humain a la tragédie de pouvoir concevoir (c'est de Noureev, ça), signe bien souvent un retour en enfance. L'enfance où les règles et ses transgressions sont reines et formulées, le total contraire de l'âge adulte où elles sont reléguées au second rang (c'est ce que nous voulons, tout du moins) et tacites. Imaginer un monde parfait c'est simplifier à l'extrême la vie et les choses, c'est effacer la connaissance qu'on a d'elles et en avancer une autre, enfantée et rêvée. C'est occulter les mauvaises choses sans les supprimer mais les améliorer à notre goût sans étude de faisabilité. Intervient aussi l'égocentrisme de l'enfance, parce qu'on veut un monde parfait d'abord pour soi et jouir de son pouvoir de grand concepteur du monde même s'il ne sera qu'ennuyeux par la suite. Le monde ne sera parfait que le temps d'une chanson, d'un songe, d'un roman puis on retrouvera l'inconnu et l'étrange, bienheureux de trouver sur notre chemin des choses qui nous échappent, qui nous abandonnent sur un sentier où rien ne se passe, où tout passe pour s'arrêter ailleurs et pour d'autres.


Le ton enfantin est innocent, attirant ou repoussant, et sait bien cacher son horreur.


Le ton enfantin est peut-être adorable, chiant, limité, dé-clivant, mais il est surtout très bon menteur. Il sait cacher beaucoup de choses. Il nous replonge dans l'impressionnable, dans la plus profonde spontanéité, il éteint notre sens critique, il est peut-être même plus pervers que le plus bas de nos instincts. Il tait toute question et nous emmène sur un terrain agréable, qu'on croit univoque et enchanteur, comme un conte qui nous enferme dans son irréalité. On se demande si c'est ce qu'on recherche comme plaisir de lecture, et on ne regarde plus, on n'entend plus, on ne fait plus attention tellement c'en est prévisible, et puisqu'on en a dépassé le stade. Il est difficile de souhaiter de nouveau certaines choses, de reformuler ses trois vœux qu'on avait tant voulu pouvoir demander au Génie de la lampe. L'adolescence a pris un malin plaisir à tout oublier. Les vœux les plus simples sont toujours les plus ridicules à porter parce qu'on sait à quel point il est facile de vouloir, et bien plus inimaginable de faire. Alors, avec toute cette expérience de la réalité en tête, le ton enfantin installe aisément son horreur, terrorisant doucement ses personnages. Il invente peut-être une prison d'or, une torture d'ivoire, une mort émeraude. Il fige les choses, les confinent toutes dans une même histoire, qui occulte toutes les autres. La plus haute autorité, à laquelle aspirent tous les enfants, à laquelle aspirent tous les méchants. Il n'y a rien de plus ambigu qu'un ton enfantin.


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