Le divertissement remplace l'art dans le ParfaitMonde

Bysilla est, dans la trilogie fantastique, l'instigatrice et la dictatrice du ParfaitMonde humain. Pour parvenir à le rendre primitivement parfait, elle a bien dû faire quelques sacrifices. C'est l'art qui fut le premier éliminé, au profit du divertissement qui est bien plus parfait. Je me suis amusée à inventer une méthode pour faire la différence entre les deux.


NB : Dans l'univers fantastique des CDPM, les Madfix sont une espèce humanoïde à la technologie bien supérieure à la nôtre.


Œuvre d’art ou simple divertissement ?

Ne vous trompez plus avec

la méthode Madfix,

les fondateurs du ParfaitMonde ! 


1.Le divertissement vise le consensus, l’art, la réflexion et le débat.​


Et si nous étions tous d’accord sur tout, la valeur d’un artiste, l’interprétation d’une œuvre d’art, la passion pour l’art, ce ne serait pas ça le monde parfait ? 

Prenons l’exemple de la musique. La musique Madfix, la musique divertissante, crée le contexte, encercle l’auditeur pour influencer ses pensées de l’instant, ses humeurs, ses perceptions; et ce, dans l’optique de lui faire ressentir une émotion prédéfinie, préétablie au moment de la création de l’oeuvre et de sa mise en scène. Chaque personne du public est censée vivre la même chose, s’assimiler au plus grand nombre, entrer dans le consensus. 

Une telle chanson capable d’animer de la même ferveur une foule innombrable d’individus est communément appelée un tube, un hit, un single. Ceux qui n’entrent pas dans le cercle, ceux qui n’aiment pas le divertissement proposé, se sentent alors coupables, isolés du reste du monde. Ils peuvent en tirer une fierté, un sentiment de faire partie de l’élite réfractaire mais ne peuvent se défaire de ce sentiment d’exclusion. Le consensus autour de ces divertissements est si fort qu’aucune discussion ni débat n’est possible entre ces personnes. Il n’existe que deux options : en être ou non. Et il vaut mieux choisir la première option; pour le bien de tous. 

2.Le divertissement nous dicte quelles émotions ressentir, l’art est libre d’interprétation. 

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Nous sommes tous capables de reconnaître aux premières notes d’un morceau, aux premiers mots d’une pièce, aux premiers abords d’un tableau, quelles émotions il en dégage. Comment réagir lorsque la réalité se révèle plus complexe comme il en est souvent avec l’art ? Comment à l’inverse, ne pas se laisser aller à la facilité de la constance d’un divertissement ? 

Un divertissement peut bien sûr faire ressentir une diversité d’émotions et de sensations. La constance n’est pas à prendre dans le sens d’un monolithisme du sentiment mais de la manière dont il les amène. Que l’on soit pris d’une crise de larmes puis de rire devant un même divertissement, le plus important est que chaque membre du public réponde en même temps et de la même manière à la sollicitation. 

Puis vient le désarroi devant une oeuvre d’art. Un mélange d’émotions indéfinies, qui n’a rien à voir avec celui du voisin. Un discours qui vous parle mais dont le voisin n’en a perçu aucun des mots. D’autres aspects de l’oeuvre que vous avez laissé filer sans vous en rendre compte ou la fierté d’avoir su repérer quelques détails subtiles qui révèle une connivence inattendue avec l’artiste. 

L’art divise et rassemble, nous met en mouvement contre ou avec l’autre, nous apprend à survivre aux désaccords, à survivre à la liberté déconcertante. Il nous apprend à vivre avec l’autre. 

3.Le divertissement est prévisible et facile à vendre, l’art… eh bien, tout le contraire​.


In fine dans notre société de contrat, le terrain est préparé pour vendre n’importe quel divertissement au public, qui en les achetant sait par avance quelles émotions il va ressentir et dans quel voyage il s’embarque. Ce soir, vous voulez pleurer, rire, avoir peur, être impressionné… ? Voilà notre sélection pour chaque émotion que vous souhaitez ressentir (salut Netflix!). Un contrat de vente peut alors s’établir prônant un produit culturel qui remplit telle fonction et un acheteur consentant à donner son argent avec cette garantie. 

L’art ne peut proposer aucune garantie. Il va à l’encontre de toute logique commerciale, de tout mensonge, de toute illusion. Il ne peut être évalué, il est tout autant arnaque que génie; tout autant insupportable qu’irrésistible. Il est le consensus impossible, autant désespérant qu’incarnant l’espoir même. 

Alors la prochaine fois qu’un ami vous recommande une chanson « parce qu’elle donne la pêche » ou un film « parce qu’il est trop marrant », vous pourrez garder à l’esprit de la méthode Madfix.


Vous voulez vous faire dicter vos émotions ou plonger dans l’inconnu ?

© 2018 by Ines A.

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