LA NOSTALGIE AU TEMPS DU COVID (Philo vs. Marketing)


Tom Uttech, Enassamishhinjijweian

(dialecte indien d'Amérique,

pouvant se traduire par "hope of good things to come")


Philosophie vs. Marketing est un roman en cours d’écriture mais aussi le témoignage d’un rapport de force injuste dont Marketing semble hélas sortir victorieux. Philosophie et Marketing ne peuvent cohabiter dans une société et donc si l’un domine, l’autre est chassé et disqualifié.

Cette triste domination est racontée dans l’histoire de Shéhérazade (personnage principal du roman) mais aussi à travers des textes/réflexions que j’ai glané sur plusieurs années. Ils surviennent en marge du récit et peuvent être compris hors contexte. C’est pourquoi j’ai choisi d’en partager quelques-uns avant même d’auto-publier le roman.


« … Maintenant, elle ne supporte plus la mort ni la vie. Elle reprend goût à la solitude, se demandant comme toujours, comme une idée obsédante, si cet état d’esprit peut durer toute une vie. Sinon il n’y a pas lieu de s’y consacrer. Tout est si fragile… » (extrait roman « Philosophie vs. Marketing »)

Qui n’a jamais souhaité s’accrocher à un état d’esprit particulièrement agréable, faire en sorte qu’il dure indéfiniment, qu’il soit éternellement présent ? Peut-être est-ce cela savoir vivre l’instant présent, comme il est ordinaire de l’entendre. Mais au temps du resserrement des destins, le confinement puis les restrictions dues à la situation sanitaire, puis le reconfinement, délimitent un horizon des possibles de plus en plus contracté.

On ne peut pas imaginer n’importe quelle histoire ni n’importe quelle fin en 2020. Si c’est au contact du temps qui passe qu’adviennent nos souffrances premières, nostalgie du passé, anxiété du futur, c’est au contact du Covid qu’advient l’angoisse ultime, la privation du seul bonheur présent. Il y a bien longtemps qu’une telle privation n’ait pas été si largement partagée. Beaucoup prendront leur mal en patience, si confiant que le beau temps finit toujours par revenir. D’autres appelleront lucidité cette intuition que le présent ne sera plus jamais comme avant, aussi longtemps que la conscience veuille bien attendre son retour. L’attitude rationnelle (= occasionnant le moins de souffrance possible) consisterait à évaluer la présente période comme anormale mais qui en sa qualité de période qui prendra tôt ou tard fin, n’est pas digne qu’on s’y consacre plus attentivement. Pourquoi pas alors se laisser bercer par un peu de nostalgie, un retour en enfance ? Pendant le confinement, je me souviens avoir regardé de nouveau avec plaisir les huit saisons d’une série américaine des années 2000, retrouvant ma naïveté de jeune adolescente qui pensait apprendre la vie devant ces suites de situations irréalistes. Lorsque le déconfinement pointait le bout de son nez, je me souviens avoir planifié, préparé, projeté, imaginé ce que je ferai les jours suivant ce fameux 11 mai 2020. Nostalgie du passé, angoisse du futur toujours au présent. En résumé, je nage en plein rapport pathologique au temps. Mais je ne suis pas seule, nous nageons tous ensemble. Pourquoi cette seule constatation ne suffit à me consoler ? Pourquoi cet état d’esprit ne pourrait-il durer indéfinitivement, être mon éternel présent ?

PHILO nous assure que le présent (=la vie) même le plus laid et le plus commun ne nous quitte jamais, qu’on peut apprendre à l’aimer qu’on soit des milliards à le partager ou le dernier représentant de son espèce sur terre à l’éprouver.


MARKETING desserre artificiellement les destins et nous maintient dans cette ambiguïté mi-apathique mi-pathologique mélangeant toutes les temporalités sans nous permettre d’en sortir, passé/futur, passé parfait/futur séduisant, passé laid/futur flippant, passé passéiste/futur surréaliste, sans jamais de retour au seul bonheur du présent…

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