L’autofiction, le moi publicitaire

Mis à jour : 8 nov. 2019


Quand même, il faudrait s’excuser auprès de Jean-Jacques à chaque autofiction, les Confessions c’est quelque chose

Comment se faire entendre lorsque chacun détient sa propre vérité, qu’il n’y a pas de sous-métier, que toutes les voix se valent. Pourquoi le choisir lui et pas un autre? Pourquoi m’écouter moi et pas un autre dans ce nivellement des routines ?


La réponse réside dans votre moi publicitaire, ni vantard ni diffamatoire, juste différent. Un moi qui se raconte, qui se regarde, qui se comprend, qui retranscrit par des expressions et références communes à tous ceux auxquels vous vous adressez, votre personnalité et votre quotidien. Une nouvelle réalité de soi. Que ce soit par le biais de memes préformatés, de vidéos/photos sortis de leur contexte, de fantasmes filmiques ramenés à la triste et vraisemblable réalité. Les autres apprendront à vous connaître et vous valoriseront à travers leur propre connaissance d’eux-mêmes, de ces références et de leurs complexes par rapport à elles. Mettre en avant les similitudes avec l’autre pour pouvoir ouvrir le dialogue avec lui, les différences ne doivent être que secondes, voire dissimulées avant de passer à une étape supérieure de la discussion qui semble souvent ne jamais arriver. La réalité des uns et des autres est sans cesse réécrite dans les interactions sociales IRL ou non dans le but de faire rire ou émouvoir, ce qui est une réaction intéressante vis-à-vis de l’insignifiance du quotidien face à l’industrie du divertissement. Pourtant, le tout-politique qu’a apporté entre autres mai 68 (joyeux bientôt anniversaire), a donné un sens peut-être démesuré aux plus anodines des choses de la vie, et ancré dans la société l’idée que tout peut être objet de débat, absolument tout. On donne son avis sur tout, même sur la question « faut-il avoir un avis sur tout ? ». Deux façons de s’exprimer : suivre la foule ou troller. Tout cela renvoie à la question existentielle : le libre arbitre existe-t-il ou sommes-nous déterminés dans chacun de nos choix et de nos pensées par notre éducation, notre niveau de vie, etc. ? Là encore, chacun se fait son avis. Le moi publicitaire est salvateur dans cette bulle spéculative sur la valeur de l’individu, de l’être humain dans son individualité. Est-ce que vous vous sentez important dans la rue ? Est-ce que vous vous sentez important sur Facebook ? Est-ce que vous vous sentez important sur votre CV ? Quand vous recevez 100 j’aime sur un de vos tweets humoristiques ? Quand une connaissance vous reconnait dans la rue ? Quand vous vous indignez ? Quand on vous félicite pour vous être indigné ? Quand vous pouvez poster une preuve que vous vous êtes indigné pour une bonne cause ? Le fait de pouvoir raconter l’action que vous faites, est-elle une motivation pour faire cette chose, et à l’inverse, ne la feriez-vous pas si elle était inénarrable ?



David Brent (The Office), king of narcissism

Qu’est-ce qui vaut la peine d’être raconté, qu’est-ce qui vous rend important aux yeux des autres ? Le moi est-il une source d’inspiration suffisante? La seule façon d’atteindre les autres ? Quel est l’intérêt de la vérité, du mensonge, de l’embellissement, de la transformation de la vérité ?


Puisque nous vivons dans une société où le « qui écrit » est plus important que le « écrit quoi ». Une sorte de cercle vicieux s’est créé entre la création et le créateur, l’écrivain est défini par ce qu’il écrit mais aussi se recrée lui-même par ses créations. Le lecteur ne connait la personne écrivain seulement à travers ses écrits et croit lire quelqu’un qui se dévoile mais certainement se cache derrière tout cela. Il y a sûrement une envie de se raconter dans l’autofiction mais en même temps cette crainte de ne pas être suffisant, cette propension à transformer, à déformer. Cette exposition contrôlée, ce fantasme assumé, cette construction du mystère autour de soi mais non de soi directement comme une fortification fantasque, interrogent le bien-fondé de la littérature, ses profondes volontés qui sont l’authenticité dans la fiction et la vérité dans la non-fiction. Il y a quelque chose de brisé entre l’écrivain et le lecteur, ce dernier est presque nié pour atteindre un autre qui n’est pas fait de chair et d’os, mais un autre absolu qui doit croire sans croire, lire sans lire, vivre sans vivre. L’autre qui appartient au monde parallèle dans lequel l’autofiction se déroule. C’est le pont qui traverse ces deux mondes qui est alors intéressant à analyser. Comment l’écrivain parvient à nous le faire franchir ? De quoi est-il fait ? De rêves, de désillusions, d’idéaux, de cynisme, de nostalgie, d’attentes interminables ? De rires, de larmes ? De vide ? De peurs ? D’obsessions, de délires, de paranoïa, d’hystérie ? De polémiques, de conflits, d’envie de paix, de guerre ? L’œuvre dépasse ainsi son auteur et son moi publicitaire pour atteindre les autres en tant qu’individus et non en tant qu’autre absolu, fantasmé, vide. Le passage à une étape supérieure de l’échange.


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