On ira tous au ParfaitMonde, on ira 
La mort de l'éternité (1ère partie)
 
L'expression au présent s'écoute maintenant au passé simple.
Et c’est un nouveau pas vers le ParfaitMonde.

Document d'origine inconnue

De Spinoza aux drames de Dostojevski, de la morale kantienne à Nietzsche, de Victor Hugo aux lanceurs d’alertes d’aujourd’hui. L’éternité dans quelque forme qu’il soit, divine, naturelle ou d’être le plus parfait, a toujours été sujet d’angoisses, de dramaturgies et de réflexions un peu éloignées de la réalité. Avec l’avènement de la sacro-sainte « Actualité » dans les réseaux sociaux, chaînes d’information continue, etc., les thèmes les plus essentiels sont assujettis au présent, au fait divers et à la tendance. 

Qu’y-a-t-il de parfait là-dedans ? Mais tout ! 

 

On pleurait la mort de Dieu dans les romans du XVIIIème siècle, la mort de l’humanité au XIXème siècle, la Parfaite Personne pleurera-t-elle la mort de l’éternité ?

  1. Exister par le commentaire.

 

Il fut un temps où l’être humain était considéré comme composé d’une enveloppe matérielle périssable, le corps, et d’une substance immatérielle immortelle, l’âme éternelle. Cette dernière était malmenée par le corps et devait être préservée par nombre de luttes et de sacrifices de la chair. Le mystère de l’âme reste entier, pourtant il ne nous encombre pas ou plus. Sur scène ou à l’écran, nous regardons la mort ou la vie, réelle ou feinte, et l’émotion nous en revient, claire et vive sans toucher l’âme, sans toucher ce qui nous reste d'éternel. C’est une émotion qui s’impose ou se calcule et nous la partageons maintenant sur les réseaux, qu’elle soit celle du plus grand nombre ou à contre-courant. Clivant ou léger, le sujet importe peu ou peut-être nous submerge mais tout ce que nous voulons c’est être relayé, porté, soutenu, interrogé. Nous nous sentons forts et intransigeants envers lui, nous nous sentons dans une illusion de lumière. Pourtant, cette lumière s’éteint très vite, nous sommes toujours en retard par rapport à elle. Son intensité diminue à vue d’oeil, seconde par seconde, et ce qui nous avait révolté hier, n’est rien face à la nouvelle révolte qui naît déjà pour mourir. Que reste-t-il du commentateur, de son essence, de son âme à la mort de la lumière ? Une personnalité à deviner, à esquisser dans l’esprit alors que la nôtre est toute aussi floue, une série d’actions à assembler de telle sorte à la faire ressembler à une forme humaine ? Le commentateur n’est-il pas le nouveau Je suprême que tout le monde essaye d’être, celui qui permet la communion avec l’autre le temps d’un tweet, d’une intervention, d’une chronique ? Mais jamais dans l’éternité.

2. Identification à l’extrême et formalisme des réseaux. 

L’éternité n’est jamais en retard. Elle n'est ni ancienne, ni moderne. Elle n’est jamais déformée par le temps, elle ne s’adapte pas à l’époque. Elle n’a pas de fond ni de forme consacrée. Elle n’est pas forcément religion, mythologie ou même célébrité. Elle n’est pas forcément cliché, sentier battu ou idée reçue. Elle est en chacun de nous, c’est tout ce que nous savons.

 

Les réseaux sociaux ne sont pas non plus une recherche d’originalité. Tout le monde sait ce qui marche et ce qui ne marche pas sur les réseaux. Ils sont d’ailleurs toujours là pour nous le rappeler, sous couvert de conseils Facebook, de YouTube Academy ou autre. Le seul ressort qui semble s’imposer à tous est alors celui de l’identification, du « si toi aussi », le « tu » universel qui devient je, il, elle, vous tous. Tout le formalisme des réseaux s’est construit autour de ce ressort, d’une nouvelle éternité que l’on croit plus juste, plus authentique, plus moderne. Une éternité ancrée dans le temps, une éternité relative. Ce qui a été dit il y a dix ans n’a plus de valeur, comme ce qui a été dit il y a quinze minutes doit être déjà réactualisé. Car nous sommes déjà plus les mêmes, des problèmes ont été résolus, d’autres sont apparus, des nouvelles technologies ont été mises au point, des nouveaux intérêts ont émergé. Notre propre vie a changé, nous avons grandi, vieilli, nous nous sommes rangés, nous sommes plus heureux, moins rêveurs, plus responsables, moins cons, nous nous sommes trouvé de nouvelles passions. Nous voulons alors que tout change avec nous et que tout devienne autant parfait que nous.

 

3. On ira tous au ParfaitMonde… Oui car comment s’intéresser à une éternité qui n’est pas soi mais Nous tous ? 

 

C’est peut-être le plus grand obstacle à se sentir citoyen, se sentir concerné par tout et tous, du sujet le plus futile au plus clivant, familier ou éloigné de nous. Ne plus attendre de l’autre de mettre en avant ce qui nous rassemble mais ce qui nous différencie. Sortir de soi de la manière la plus brutale qui soit, sans empathie, sans indulgence, sans chercher l’émotion. Et se retrouver en tant qu’être humain, en tant qu’être éternel sans passé ni avenir parfait.

 

Combattez le ParfaitMonde avec Lachaon dans le tome 1 des Chroniques du ParfaitMonde ! 
Couverture Lachaon_janvier 2019.jpg

© 2018 by Ines A.

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